lamako

La Journée de l’Enfant Africain (JEA) 2015 célébrée en grande pompe au Nyumakele.

La Journée de l’Enfant Africain a été célébrée ce mardi 16 juin partout en Afrique. Aux Comores, la cérémonie officielle a eu lieu à DAGI dans le Nyumakelé où plus de 2000 personnes ont pris part à cette commémoration. C’était l’occasion pour le vice président chargé de la santé Dr Fouad MHADJI de faire un état des lieux sur la situation démographique des enfants dans l’archipel. Aux Comores les enfants représentent 47% de la population totale avec une représentation différenciée au niveau insulaire : A Mohéli un habitant sur 2 a moins de 18 ans tandis que cette proportion a atteint 53,2% à Anjouan contre 41% à Ngazidja. S’agissant des mariages précoces, une enquête démographique et de santé à indicateurs multiples réalisée en 2012 aux Comores montre que trois femmes sur dix soit 31% entrent en union relativement tôt, atteignant l’âge de 18 ans. Les enfants de cinq différentes écoles du Nyumakelé ont vibré le stade de DAGI par des sketches de sensibilisation sur les mariages précoces.
C’est sous un soleil plus ou moins brillant que le stade de DAGI a accueilli la cérémonie de la JEA 2015. La mobilisation était au rendez-vous avec une représentation active de toutes les localités du Nyumakele. La journée est célébrée d’habitude dans le Nyumakelé à la même date par l’ONG Maeecha depuis 2008. La particularité de cette année revêt double sens. D’une part la présence des autorités de l’Union et insulaires montre combien une fois cette journée est prise au sérieux par les gouvernants. Cette décision des autorités de la célébrer au Nyumakelé ne fait que renforcer et valoriser les actions de Maeecha dans cette région la plus pauvre des Comores. Et d’autre part, les partenaires techniques et financiers se sont rendus compte du savoir faire Maeecha, sa force de mobiliser et sensibiliser les populations autour des thématiques qui concernent l’enfant comorien.

Une journée riche en expression
Le directeur pays Bureau International du Travail (BIT) n’a pas caché son enthousiasme de voir les enfants s’exprimer sur le thème retenu cette année « Accélérons nos efforts pour éliminer les mariages des enfants en Afrique». « Les sketches des enfants, nous interpellent, nous disent combien il est important d’écouter les enfants, combien il est important de remettre en cause certaines pratiques des traditions qui ne sont plus adaptées au goût et au besoin du contexte actuel »a-t-il affirmé.
De son coté le représentant résident du système des Nations Unies se félicite du travail fait par la société civile pour sensibiliser les populations sur le fléau des mariages précoces. « La journée est une opportunité pour se concentrer sur le travail de tous les acteurs dévoués au droit de l’enfant afin de consolider leurs actions et leurs efforts dans la lutte contre les obstacles à la réalisation de ses droits ». La législation comorienne est claire sur l’âge légal du mariage. « L’article 14 du code de la famille de l’Union des Comores fixe à 18 ans l’âge légal du mariage pour homme et femme (…). Néanmoins dans la pratique cette disposition n’est pas respectée. Plusieurs mineurs notamment des jeunes filles, sont mariés par des adultes sans motifs graves et légitimes » a-t-il regretté.
Quand au vice-président chargé de la santé, il a tenu à remercier l’ONG Maeecha pour ses efforts dans la protection des enfants. Son intervention dans le Nyumakalé est beaucoup plus significative. Il a appelé la société civile à doubler les énergies à des actions concrètes sur le terrain. Il a en outre énuméré quelques conséquences du mariage précoce « le mariage précoce peut effectivement avoir des conséquences tout à fait préjudiciables pour ces enfants puisque une fois mariée ces filles ne vont jamais à l’école. Elles abandonnent pour les taches ménagères et parallèlement elles font face à d’énormes problèmes de santé avec des grossesses prématurées qui élèvent le taux de mortalité infantile et une exposition aux infections sexuellement transmissible y compris le VIH SIDA » a-t-il déclaré.

lamako1
Témoignages des victimes
Le moment le plus fort de cette manifestation est la prise de parole pour témoignage des personnes victimes desmariages précoces. Tour à tour, deux femmes, un jeune homme et un maître coranique ont exprimé leur regret et raconté leur calvaire d’avoir été victimes de cet acte qu’ils qualifient de criminel. Boeni Dhahabou originaire de Mrémani, n’est pas allée par quatre chemins pour raconter son histoire la plus tragique de sa vie « j’étais mariée de force à l’âge de 11 ans. Je ne comprenais même pas ce qu’est ce que le mariage. Aujourd’hui j’ai 49 ans avec plusieurs enfants. Je prie à Dieu d’épargner cela à mes enfants, à mes proches et à tous les enfants. Ce n’est pas une bonne chose, luttons tous contre ces pariages précoces par ce qu’on ne connait pas les difficultés auxquelles sont confrontés ces enfants en début du mariage ».
De même Abdoulmalik Amroine, originaire de Chinounda s’est marié à l’âge de 16 ans en classe de première actuellement avec deux enfants. Il a adressé un message aux enfants afin de ne pas faire comme lui « J’ai des difficultés à les élever et à subvenir à leurs besoins et celle de ma femme. Ce sont mes parents qui s’en occupent. Je lance un message à tous les enfants de ne pas faire comme moi et suivre normalement leur cursus scolaire ».
Ibrahim Combo, un maître coranique enseignant les enfants. Il est aussi père de 6 enfants dont une fille qu’il a faite marier à un âge trop bas. « Je n’arrive pas à dormir très bien et je pense aux difficultés auxquelles ma fille est confrontée suite à ce mariage. Je lance un appel aux oulémas et aux cadis de lutter contre cette pratique non conforme à la tradition du prophète » s’est-il-indigné.
Remise des attestations des apprentis du CIPM
Le Centre d’Initiation et d’Insertion Professionnelle de Maeecha (CIPM) a profité de cette cérémonie pour la remise des attestations de la première promotion depuis son ouverture en 2014. Le ministre de l’Enseignement Professionnel et de l’Emploi, présent à cette manifestation, a remis d’une manière symbolique la première attestation à mademoiselle Latufa HOUMADI, apprentie en agriculture dans le CIPM. Le ministre s’est félicité de voir la région du Nyumlakelé se doter d’un tel centre qui offre des possibilités d’apprentissage aux enfants déscolarisés et non scolarisés. Il a félicité ainsi mademoiselle Latufa HOUMADI pour les efforts qu’elle a déployés durant une année afin d’obtenir cette attestation. Quant à la lauréate, très émue, elle a remercié le directeur du centre, qui n’a managé aucun effort avec les enseignants pour que la formation se passe dans les meilleures conditions. « Le CIPM est un modèle pour le développement de la région du Nyumakelé et ceux ou celles qui ont abandonné l’école et qui veulent réussir dans leur avenir. J’appelle aux parents à y inscrire massivement leurs enfants qui ont abandonné l’école. Des différentes formations leur sont offertes en agriculture, menuiserie, électricité, plomberie, pâtisserie et cuisine » a-t-elle conclut.

Le ministre de la formation professionnelle remettant à mademoiselle Latufa HOUMADI son attestation de formation en agriculture au CIPM
Notons que l’Union Africaine et ses partenaires célèbrent la Journée de l’Enfant Africain (JEA), pour commémorer le massacre en 1976, des écoliers de Soweto, en Afrique du Sud qui protestaient contre une éducation qui visait à renforcer le régime de l’apartheid.
Source : Lamako.fr